© christine jean

voies anonymes/

anonymous ways

2015-2016

Dans un dialogue entre André Breton et André Masson, l’un d’eux remarque que « ce dont on jouit est ce qu’on déchiffre le moins. Tu connais l’expérience qui, entre deux figures possibles, blanche sur fond noir, noire sur fond blanc, montre que l’œil détache la figure symétrique à l’exclusion de l’autre ne donnant pas la préférence au noir sur le blanc, au blanc sur le noir. Si deux objets dissymétriques et de substance différente étaient séparés par un intervalle symétrique, tout porte à croire que c’est l’intervalle qu’on lirait, que c’est l’intervalle qui deviendrait réel, alors que les objets s’effaceraient, se fondraient dans le fond ».
Cette expérience du regard qui s’égare dans les taches d’encre à la recherche d’une forme absente est comparée au lieu où toutes les formes se confondent : pour celui qui se trouve au cœur de la forêt, au centre de cet enchevêtrement prodigieux, il n’y a plus qu’une incessante confrontation de formes – suite infinie « d’explosions de bambous enveloppées de fumantes vapeurs ». (André Breton, Martinique charmeuse de serpents, 1948
)

Si le regard se perd devant ces formes, il n’est pas arrêté comme dans le test de Rorschach, il n’y a aucune forme qui va l’arrêter pour faire image. On reste aussi dans l’indécis parce qu’on ne sait jamais

si ce qu’on voit c’est du noir sur du blanc, plus proche de notre tradition, ou si ce n’est pas au contraire le blanc du papier qui fait image. On est donc dans un entre-deux du regard, une oscillation qui fait qu’on est presque  hypnotisé car l’image se dérobe, elle n’est jamais là, mais toujours en train de se défaire vers autre chose.
 extrait d’entretiens 2009    
Christine Jean et Claire Margat, docteur en philosophie esthétique, critique d’art

In an André Breton and André Masson's dialogue, one of them notices that 'what one enjoys is what one is able to decipher the least. You know the experiment that shows that, given two possible faces, white on a blackground, black on a white blackground, our eye detects the symmetrical face to the exclusion of the other, preferring neither black over white nor white over black. If two assymetrical objects of different types were separated by a symmetric space, everything leads up to believe that it is the space one would read, and that space would become real, while the objects would disappear, melting into the background'.

This experiment of the look that gets lost in ink dots in search of an absent shape is compared with the place where all forms become confused: for the person who stands in the heart of the forest, in the center of this prodigious mess, what's visible is just a ceaseless confrontation of forms – infinite continuation of 'explosions of bamboo enveloped in smoking vapors'.

(Translated by David W. Seaman, André Breton, Martinique: Snake Charmer, University of Texas press, 2008).

If the look gets lost in front of these forms, it is not stopped as in the test of Rorschach, no shape is going to stop it to make an image. We also feel in the indistinct because we never can tell if what we see is black on white, closer to our tradition, or if on the contrary it's the white of the paper that makes an image. We are thus in an in-between of the look, an oscillation which renders us almost hypnotized because the image shies away, it is never there, but always twisting out towards something else.


 extract of conversations 2009    
Christine Jean and Claire Margat, doctor of aesthetic philosophy, art critic